La bulle d'Euze

Elle venait presque tous les mercredis, à 5 heures. Une belle femme rousse, avec des jambes interminables. Toujours seule.
Jamais je n’avais osé lui parler, encore moins m’asseoir à sa table. Elle m’intimidait.
Elle ne s’asseyait pas toujours au même endroit. Dès les premiers rayons de soleil, elle s’installait dehors, à la terrasse, même s’il faisait froid. En hiver elle cherchait les coins les mieux éclairés, les reflets de lumière. Mais cela, j’ai mis longtemps avant de le comprendre.
Il m’a fallu des mois pour vraiment la remarquer et commencer à m’intéresser à elle. Pour déchiffrer pas à pas les jours, les heures, et surtout la lumière. J’ai appris à arriver juste avant elle, à essayer d’imaginer où elle irait s’asseoir, à l’attendre en flânant dedans ou dehors, avec mes lunettes noires ridicules. Lorsqu’elle avait choisi sa chaise, je trouvais une table pas trop loin. De toute façon, elle ne regardait jamais les autres clients.