Le prix du billet

Il fait froid, dans cette gare qu’on dirait ouverte à tous les vents – il fait froid malgré la foule, malgré tous ces baisers de gens qui se retrouvent, malgré les anoraks des skieurs, malgré ces écharpes de toutes les couleurs, ces valises gonflées à craquer, et les paquets en plus qu’ils ont dans les bras, malgré les joues rouges des petits qui crient en tirant leurs parents par la main, malgré les groupes qui s’agglutinent, se font et se défont, passent et repassent.
J’ai trouvé un petit coin de banc, juste sous le panneau d’affichage, c’est là qu’on a rendez-vous; son train ne devrait plus tarder maintenant, ils ont tous du retard, et moi je suis venue en avance. Chaque fois qu’un nouveau troupeau débarque, je me lève pour mieux les voir passer, sans m’éloigner, est-ce son train cette fois ? Ça se calme, c’est fini pour celui-ci, ils sont tous descendus, il sera peut-être dans le prochain. Je me rassois au même endroit, jusqu’à la prochaine fois. Le vieux type à côté est assis avec les jambes largement écartées qui débordent devant les miennes, en plus il pue, je me tiens le plus loin possible.